Observateur du PAF hebdomadaire,
C médiatique sur France 5 vit elle-même la révolution du mode de consommation des médias,
la proéminence désormais du digital sur les diffusions traditionnelles.
Coup de fil au rédacteur en chef,
passé par RTL et Europe1,
aujourd’hui producteur éditorial à France Télévisions,
et formateur pour e-crossmedia avec EMF,
Thierry Dagiral.
"Le faire-savoir
de notre savoir-faire
est vital !
A la rédaction nous sommes une dizaine de personnes,
plus une vingtaine pour la réalisation…
Mais l'un des postes essentiels est celui dédié à la gestion des réseaux sociaux,
une jeune-femme totalement geek, qui est épaulée en plus récemment par une stagiaire.
Au delà de l'émission elle-même,
ce sont les bruits du web qui font vivre une production !"
"Diffusée à la mi-journée le dimanche,
j’ai conscience que la moyenne d’âge des téléspectateurs en direct est de 60 ans.
Chaque sujet doit être traité en mode "Ca peut intéresser vos enfants et petits-enfants !"
En se donnant les moyens d’aller à leur rencontre pour qu’ils viennent consommer nos contenus.
Mon propre fils qui a 25 ans ne regarde jamais la télévision dans le flux du direct.
Il choisit son moment en fonction de ses propres disponibilités."
"2 exemples :
le YouTuber Squeezy le plus suivi en France
ou Jul, le rappeur-chanteur marseillais :
des stars du web qu’adorent la jeune génération…
Quand nous en avons parlé,
nous nous sommes pris des gadins en termes d’audience.
Notre public les connaît à peine, et notre approche n’était pas adaptée.
Il aurait fallu dire :
ce sont les stars de vos petits-enfants !"
"Idem pour les tentatives de diffusion des interviews d’HugoDecrypt
qui fait des millions de vues sur le web,
mais qui n’ont pas fonctionné sur France 2 malgré des essais de programmation à différents horaires.
Sur la tentative de diffusion après le 20 heures en particulier, le public traditionnel a fui.
De 2 millions de spectateurs habituels, la courbe est tombée à 600 000 !
En revanche,
bien valorisées sur les réseaux sociaux et en adaptant l’écriture aux jeunes générations,
ces séquences ont trouvé leurs publics sur le web".
Pourtant l’analyse de l’actualité des médias que vous proposez chaque dimanche en direct est susceptible d’intéresser tous les publics …
"Ce que je répète toujours aux équipes c’est qu’il ne faut pas qu’on soit des juges ou des flics…
Dans le paysage d’aujourd’hui où cohabitent les offres traditionnelles dont certaines révolutionnent le paf
et ce qu’il est convenu d’appeler aussi les "nouveaux médias" uniquement diffusés en digital,
il s’agit de donner la parole à tout le monde.
Quand C News marche, ça veut dire quelque chose sur l’état de la société et il faut savoir l’analyser…"
"Comme il faut savoir décrypter pourquoi une large partie du public considère que tout le monde peut être journaliste et délivrer de l’info sur le web,
avec malheureusement le manque de rigueur, de recoupement des faits ...
Pour beaucoup quelqu’un qui édite sur un réseau social son point de vue
a autant de valeur qu’un professionnel qui a travaillé en respectant une déontologie".
Au plus haut niveau de l’état la semaine dernière les 2 mondes,
l’info par les pros et le "self-made" ont en quelques sorte cohabité …
Vous avez montré ce dimanche l’organisation des médias
pour couvrir l’inauguration du salon de l’agriculture par le Président de La République …
Alors que 48 heures avant,
Emmanuel Macron avait choisi de s’adresser seul au public sur les réseaux sociaux,
"sans filtre"
à propos de l’Ukraine …
Et il a conclu ses 75 minutes de direct avec les internautes
en annonçant qu’il renouvellerait l’expérience …
"En effet …
Mais quand il sort à la rencontre des gens dans un café,
sans un œil porté par un professionnel,
le risque est que n’importe qui filme la rencontre et diffuse la séquence avec toutes les dérives d’interprétation qu’on peut imaginer.
Ces moments que lui-même appelle "sans caméra",
sont-ils du domaine public ou du domaine privé ?
Il essaie d’épouser l’époque en considérant que tout à chacun vit avec son portable,
et peut filmer tout ce qui se passe,
mais en sa qualité de chef d’état ce n’est pas anodin !
Quand il va dans un bar PMU parler avec des "vrais-gens"
il peut se passer quelque chose…"
"Franck Louvrier,
l’un de nos chroniqueurs,
maire de La Baule et grand communicant qui a travaillé pour Nicolas Sarkozy
nous l’expliquait récemment à l’antenne :
aujourd’hui il y a 3 cercles.
Le premier constitué par les journalistes encartés qui posent des questions au Président
comme au Salon de l’Agriculture,
un deuxième cercle qui filme,
puis le troisième,
c’est-à-dire tout le monde qui capte l’instant
et peut le diffuser à la terre entière sans réfléchir aux conséquences.
Comme à l’époque,
l’épisode "Casse toi-Pauv’con"
qui a motivé d’ailleurs la création de la cellule "traitement des réseaux sociaux" à l’Elysée."
"Tout à chacun ne peut pas s’improviser pro de l’info !
Beaucoup ne mettent leurs contenus en ligne qu’avec une intention complotiste...
En revanche de nouveaux médias à forte audience sur le digital démontrent leur professionnalisme
comme Brut, Kombini ou HugoDecrypt
et savent adapter avec des modes de production plus légers souvent,
leur écriture et leur traitement de l’info à leurs publics".
Comme au début des années 60
les ainés qui dansaient au bal musette ne comprenaient pas les jeunes qui découvraient
le Rock’n roll,
n’y a-t-il pas du point de vue de l’info une rupture générationnelle avec la proéminence désormais du digital ?
Les 2 mondes savent déjà cohabiter
à l’image par exemple de Paul Larrouturou qui travaille pour le groupe TF1
et édite un média parallèle à la chaîne qui attire les plus jeunes.
Il filme de manière plus vive peut-être, propose un montage de ses images plus dynamique,
il a une écriture différente.
Lui est un grand professionnel,
rien à voir avec ceux qui font buzzer ce qu’ils captent,
comme cela a vraiment émergé au moment des Gilets Jaunes
ou pendant la pandémie de la Covid19.
Conséquence :
trop souvent le grand public ne voit pas la différence !
Les contenus complotistes sont reçus de la même manière que les reportages réalisés par des professionnels
qui respectent une nécessaire déontologie,
des valeurs …"
D’où pour les médias pros traditionnels comme vous
l’incontournable nécessité désormais d’exister aussi sur la toile …
"L’audience d’une émission est d'ailleurs évaluée maintenant
en tenant compte évidemment du nombre de téléspectateurs qui la regardent en direct,
mais également de ceux qui viennent y assister les 7 jours suivants sur le web
en replay.
Surtout pour ce type de programme comme "C Médiatique"
auquel il faut accorder une réelle attention,
ce qui n’est pas le cas par exemple d’un jeu qui peut résonner dans la salle à manger alors qu’on est en train de cuisiner son poulet pour le repas de famille dominical !
Pour notre émission,
certaines vidéos dépassent les 500 000 vues sur Instagram
comme quand Michel Cymes s’en est pris à Cyril Hanouna
il y a 15 jours : c’est dingue le nombre de reprises !
L’émission existe énormément aussi par les réseaux sociaux !"
Être rédacteur en chef aujourd’hui
c’est autant penser à l’émission elle-même sur l’antenne traditionnelle
qu’à son existence sur le web ?
"Dans le fond,
les choix éditoriaux restent évidemment le cœur du métier.
Mais il faut également gérer la forme :
il y a avant, pendant, et après …
Ce qui est diffusé durant les 52 minutes doit être en effet valorisé en amont,
et en direction de différents publics,
et surtout après l’antenne pour continuer à exister via le replay.
Toute la semaine qui suit la diffusion,
nous mettons en ligne sur le web des petits extraits,
formatés en direction des différents publics suivant les réseaux sociaux
pour continuer à faire vivre l’émission
et travailler sa notoriété,
pour que l’attention des internautes soit captée et si possible les fideliser !"
Thierry Mathieu,
e-crossmedia
le 26 février 2025.
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